A la rencontre d’une pharmacienne

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A la rencontre d’une pharmacienne

Catégorie : Nos rencontres

Dans notre nouvelle rubrique Nos rencontres, nous découvrons les métiers des Français pour obtenir leur point de vue. Parce que le thème de la santé nous concerne tous, LRF part aujourd’hui à la rencontre de Claudine, gérante d’une pharmacie en région parisienne. Comme Claudine, n’hésitez pas à nous contacter pour échanger sur vos métiers.

 

Thématiques abordées : l’automédication, internet et les médicaments, le tiers payant, le temps de travail, la complexité du système de remboursement mais aussi le recyclage des médicaments et les évolutions passées et futures du métier de pharmacien.

pharmacie de l'école
 

N.T. : Bonjour Claudine. Merci de m’accorder cet entretien.

C. : Bonjour Nicolas, as-tu déjà une vision globale du métier de pharmacien ?

 

N.T. : Certains points me paraissent obscurs…

C. : C’est un métier ambigu. C’est un lieu de commerce où les gens peuvent entrer et sortir et en même temps nous avons le droit de vendre car nous sommes une société commerciale soumise comme tous les commerces au chiffre d’affaires. C’est un métier particulier dans le sens où on fait aussi de la santé publique. En santé publique on a le droit de ne pas vendre. Dans n’importe quel commerce on ne peut pas dire, je ne vais pas vous vendre cette chemise. Moi j’ai le droit. Si j’estime que le médicament que la personne me demande sans ordonnance et en vente libre est incompatible avec son état et que ça risque de nuire, j’ai le droit de dire non et le réorienter vers un médecin, un hôpital. C’est le seul commerce ou on a le droit de dire non et en même temps on a le devoir de vendre car sinon on ne fait pas nos affaires. C’est donc une représentation complètement ambiguë du commerce. Ça m’arrive quotidiennement de refuser de vendre.

 

N.T. : Quel type de médicament ?

C. : Ce matin une vieille dame de 96 ans est entrée dans la pharmacie. « Mettez moi un pansement je viens de tomber. Ça saigne soignez-moi ». Je regarde je désinfecte, elle avait une plaie ouverte sur le crâne 3 cm de long un demi cm de large, donc il fallait des points. Cette personne il est bien évident que je ne lui ai pas vendu de désinfectant, ni des pansements. Je ne lui ai pas fait de soins particuliers et je l’ai envoyée à l’hôpital.

 

N.T. : Avec sa voiture ?

C. : Non j’ai appelé SOS médecin qui ne se déplaçait pas car ils ne faisaient pas de points à domicile donc j’ai appelé le 15 qui a dit qu’il m’envoyait une ambulance. 2h après l’ambulance n’était toujours pas là. J’ai rappelé le 15 qui m’a dit qu’il envoyait cette fois les pompiers.

Les pompiers sont finalement venus et ont emmené la dame aux urgences. De mon côté, je paie le téléphone, je prends du temps pour cette personne, j’ai désinfecté avec mes propres produits. Tu vois ce sont des services que l’on rend et qui ne sont pas rémunérés.

 

N.T. : Exactement…

C. : On prend la tension, on écoute, on conseille, on oriente. Quelquefois ça nous arrive de prendre du temps avec la personne comme toi par exemple [rires]. Et ces services ne sont pas rémunérés du tout.

 

N.T. : Tu fais bien de préciser…

C. : Alors il y a des actes qui vont l’être et qui sont en cours d’étude en ce moment au niveau des ministères parce qu’ils se sont rendus compte que nous pratiquons énormément d’actes péri pharmaceutiques et ont essayé de nous instaurer des entretiens pharmaceutiques. Par exemple pour les personnes diabétiques ou asthmatiques. Nous sommes censés les contacter pour qu’ils viennent à la pharmacie avec tout un questionnaire sur leur traitement, s’ils connaissent leur pathologie etc. et ça c’est censé être rémunéré.

 

N.T. : C’est-à-dire que tu fais le suivi ?

C. : Oui c’est ça. Le problème c’est que nous sommes peu nombreux (ndlr 3), il y a du monde. Il faut que les patients acceptent cet entretien, qu’ils se déplacent, prennent du temps pour le faire. Et bien souvent les gens ne comprennent pas pourquoi car par exemple les diabétiques connaissent parfaitement leur pathologie…

 

N.T. : Et à l’heure actuelle qui fait ce suivi ?

C. : Les médecins, les infirmières et les hôpitaux et nous on arrive un peu comme un cheveu sur la soupe où les gens comprennent pas bien, oublient car ce sont souvent des personnes âgées, voient pas la nécessité donc ne se déplacent pas. Alors tu vois c’est compliqué.

Après il y a des actes qu’on pourrait faire : par exemple la vaccination à l’officine. Une vaccination n’est pas un acte anodin. Il peut y avoir des accidents et des incidents. Quand je vaccine une personne je prends très peu de risque. Statistiquement plus je vais vacciner de monde et plus les risques vont être augmentés. Qui aura la responsabilité du risque vaccinal ? Est-ce que c’est le pharmacien qui devra prendre une assurance supplémentaire comme les médecins le font ?

 

N.T. : Les médecins ont une assurance ?

C. : Oui tous les médecins en ont une. Tu vois ce que je veux dire. Moi ça m’est égal. Vacciner quelqu’un, je sais faire. Ce n’est pas le geste qui m’ennuie mais plutôt les responsabilités derrière. Comment seront-elles prises en charge ? Quand tout va bien les gens ne se plaignent pas. Dès qu’il y aura un souci, on me dira que c’est de ma faute.

 

N.T. : Il vaut mieux être prudent en effet. Sinon j’ai lu récemment un article qui disait que souvent le patient qui venait en pharmacie connaît bien les médicaments pour se soigner et que finalement il n’avait pas besoin d’aller voir un médecin pour se faire prescrire un médicament connu.

C. : [interruption pour une ordonnance] Alors le conseil quand on délivre quelque chose : tout dépend de la pharmacie. Quand c’est une petite pharmacie comme nous, on fait plutôt du conseil au comptoir. Quand il y a une ordonnance, on explique la posologie, on note éventuellement sur les boîtes. On prend le temps avec le patient. Par contre pour une pharmacie lambda d’un grand centre commercial où ils débitent 200 ou 300 clients à la journée. Pour eux l’intérêt c’est le chiffre d’affaires.

 

N.T. : C’est donc totalement différent de ta situation avec un service de proximité.

C. : Oui les grandes pharmacies n’ont pas le temps. Au comptoir c’est 5 min pour chaque client ou patient. Comme chez le médecin un quart d’heure chrono et pas plus.

Il faut aussi lutter contre l’automédication. Car les gens ne sont pas forcément au courant de tout. Les gens vont sur internet et croient connaître les pathologies et les médicaments et en réalité ils ne sont pas au courant de tout. Il est important qu’il y ait une personne qui supervise tout ça : le médecin et le pharmacien qui est en bout de chaîne.

En principe sauf pour les malades nomades qui changent souvent de pharmacie, le pharmacien connaît ses patients, connaît leur traitement de base et va adapter si le patient demande un Doliprane pour un maux de tête alors qu’il prend déjà un Dafalgan codéiné, je vais lui conseiller de prendre 500 mg au lieu du 1000 car il contient déjà du paracétamol.

Connaître un médicament est essentiel et le Doliprane est un très bon exemple car c’est la première molécule du suicide en Angleterre. C’est une molécule dangereuse et je ne vends pas une boîte sans dire « attention pas plus de 1 g par prise et une prise toutes les 6 heures. »

 

N.T. : A cause des effets secondaires ?

C. : Oui ça tue le foie de façon irréversible. Un médicament n’est jamais anodin. Je n’en connais aucun qui ne soit pas dangereux.

 

N.T. : Que penses-tu d’internet pour se conseiller ?

C. : Je suis contre. J’ai une patiente qui est venue un jour et avait passé la nuit sur internet car elle était persuadée d’avoir un décollement de rétine et vient à la pharmacie pour que je soigne son décollement de rétine. Déjà une aberration car je ne sais pas traiter un décollement de rétine. Je lui pose deux trois questions et en réalité je m’aperçois que ce n’est pas du tout un décollement de rétine mais une kératite. Que je ne sais pas traiter non plus. Donc je la persuade d’aller aux urgences ophtalmiques et elle est revenue en me disant : « vous m’avez sauvé la vie ».

Si elle tombe sur un pharmacien pressé qui lui dit que c’est une petite conjonctivite. « Allez je vous donne un petit collyre et puis ça ira bien. » On était samedi. Le lundi elle n’avait plus d’œil.

 

N.T. : Où était le problème alors ?

C. : Le problème c’est qu’elle n’aurait pas dû aller sur internet car elle s’est inquiétée sans s’inquiéter. Du coup, elle ne savait plus où elle en était. Elle avait tout lu et n’importe quoi. Elle n’était pas sûre de sa pathologie et finalement le recours ça a été nous.

Souvent internet est très anxiogène. Parce que quelques symptômes peuvent correspondre à des pathologies importantes. Et ça engendre une hypocondrie générale chez les gens qui vont se soigner pour tout et n’importe quoi soit parce qu’ils n’ont rien soit c’est autre chose et ils vont se focaliser sur une fausse piste.

 

N.T. : Et on peut imaginer un site internet officiel qui pose des questions du type « avez-vous mal à la tête » et propose plusieurs choix de réponses qui à leur tour découlent sur d’autres questions ?

C. : La médecine n’est pas de l’informatique. C’est « oui, non, peut être et je vois que ». J’avais vu son œil et il ne me plaisait pas.

 

N.T. : C’est important ce que tu dis, on ne peut pas faire un algorithme qui renseigne sur la pathologie en fonction des symptômes ?

C. : Tu peux essayer… En même temps je dis toujours que la médecine n’est pas une science exacte et qu’elle est pratiquée par des hommes qui ne sont pas infaillibles. Donc le médecin peut faire aussi une erreur. Mais le diagnostic ne peut se faire que par un questionnaire et l’examen physique de la personne. On ne peut pas remplacer un médecin. Ou alors il faudrait un robot qui ait le sens du toucher et de la vue et pose des questions suivant un algorithme.

 

N.T. : Uniquement la vue et le toucher ?

C. : Non l’odeur aussi. Une plaie par exemple qui semble à première vue anodine. L’odeur peut renseigner l’infection qui est sur la plaie. J’ai mal à la gorge. Oui non ? Non. Mais il n’a plus de voix. Et ça tu l’entends. [Mimes] J’ai plus de voix mais j’ai pas mal. Donc tu ne vas pas donner le même traitement. Et je vois ça tous les jours. Faire appel aux cinq sens tout simplement.

 

N.T. : Alors je voulais aussi te parler du système de remboursement des médicaments par la Sécu qui semble assez complexe…

C. : Le système de remboursement des médicaments est d’une complexité aberrante. Le tiers payant existe en pharmacie depuis une trentaine d’années. En fait les pharmaciens ont accepté le tiers payant car ils ont été obligés. C’est une avance de trésorerie de la part du pharmacien qui achète les médicaments, ne les fait pas payer quand il les délivre et se fait rembourser après par la Sécurité sociale et les mutuelles. Tous les jours, je reçois des listes de rejets ce qui signifie que la personne qui est venue m’acheter des médicaments m’a donné sa carte de mutuelle et ou ne le savait pas qu’elle était radiée de sa mutuelle. Moi j’ai envoyé le dossier et là j’ai 97 euros et 78 centimes qui ne sont pas remboursés.

 

N.T. : Comment tu fais ?

C. : Alors je suis obligée de faire un recours. Mais cela implique d’identifier les personnes, appeler les mutuelles, envoyer des mails…

 

N.T. : C’est toi qui fais tout ça ?

C. : Oui pour chaque dossier rejeté.

 

N.T. : Ça t’arrive souvent ?

C. : Tous les jours.

 

N.T. : Ça te prend beaucoup de temps ?

C. : Ça me prend un temps fou et je ne suis jamais à jour. J’ai minimum 3 000 euros dehors à cause de ça tous les mois. Et je ne suis pas sûre d’être remboursée ! Si les gens ne veulent pas revenir pour payer, ça passe dans les pertes et profits. Et puis il y a des gens de passage qui n’habitent pas forcément la région.

C’est pour ça que les médecins ont râlé quand on leur a imposé le tiers payant. Ils n’en veulent pas car ils n’ont pas le temps ni les ressources pour payer une secrétaire.

 

N.T. : Comment est le système actuel pour les médecins ?

C. : A l’heure actuelle, on paie le médecin et le patient se fait rembourser sauf pour les CMU (ndlr : couverture maladie universelle) où là ils faisaient déjà le tiers payant.

 

N.T. : Pourquoi les pharmaciens ont accepté finalement ce tiers payant ?

C. : Ils ont une arme fatale au gouvernement : quand ils ont vu que les pharmaciens rechignaient au tiers payant, ils ont créé des pharmacies mutualistes.

 

N.T. : Mutualistes ?

C. : Ça n’existe plus. C’était des pharmacies qui acceptaient le tiers payant. Du coup les patients qui ne voulaient pas avancer la somme étaient obligés d’aller dans ces pharmacies là et pas ailleurs.

 

N.T. : C’était bien ?

C. : Imagines que tu as un commerce. Le commerce d’à côté te dit que tu es obligé d’aller chez lui pour acheter ta chemise car sinon tu n’auras pas la promo. Du coup tu ne vas pas aller dans le commerce où il n’y a pas les promos. Les pharmaciens ont donc dit : « on accepte le tiers payant » pour éviter de couler car nous sommes aussi un commerce. Et là ça va être la même chose pour les médecins où on va créer des centres médicaux de médecins mutualistes et dans lesquels les patients n’auront rien à régler. Quand est-ce que les médecins vont avoir le temps d’appeler les mutuelles quand ils commencent à 7 heures et finissent parfois jusqu’à 21 heures ?

 

N.T. : Ils n’ont pas les ressources ?

C. : Ils n’ont pas le temps ni les fonds financiers pour embaucher une secrétaire.

 

N.T. : A propos d’horaires, quel est ton rythme de travail ?

C. : Alors moi je travaille 12 heures par jour 6 jours sur 7. Et tu veux savoir mon salaire ?

 

N.T. : Oui je veux bien si cela ne te dérange pas.

C. : 1500 euros nets. C’est l’entreprise qui paie mes cotisations (ndlr statut de SARL).

 

N.T. : Tu as l’assurance chômage aussi ?

C. : Non car je suis indépendante. Alors pour certains organismes je suis considérée comme profession commerciale indépendante comme les artisans et pour d’autres je suis considérée comme profession libérale. Si je fais faillite je n’ai pas d’indemnité.

 

N.T. : Ta retraite ?

C. : Je cotise à la retraite mais la retraite des commerçants… j’ai calculé que je vais toucher 800 euros nets. Si tu veux me donner 100 €… [rires]

Même les grosses pharmacies, elles ont tellement de charges et de frais qu’à la fin du mois il ne reste pas grand chose. Il n’y a que les très grosses pharmacies qui arrivent à bien se payer. Quand on a des pharmacies qui font plus de 1 million de chiffre d’affaires les salaires sont entre 2000 et 2500 euros.

 

N.T. : Tu fais très peu de bénéfices sur les médicaments que tu vends ?

C. : On a une marge dégressive lissée sur les médicaments. C’est à dire que plus un médicament est cher moins on gagne dessus.

 

N.T. : Ça te semble logique ?

C. : Il y a 30 ans quand j’ai débuté dans le métier j’avais une marge globale fixe pour chaque médicament. Elle était de 25 à 30 % sur chaque médicament vendu. Nos marges ont diminué à moins de 20 % pour les médicaments à bas prix. Par exemple une boîte de Doliprane je gagne 20 % de 1,94 euros. Par contre un médicament à 2000 euros je gagne 2 %. La Sécu a estimé que les pharmaciens s’en mettaient plein les poches. C’était un bon métier autrefois car les gens gagnaient leurs vies…

Au niveau de la parapharmacie, il n’y avait pas de concurrence, les prix étaient libres. Quand tu achètes un vêtement, les commerçants se font entre 100 et 200 % de marge. Nous quand on est à 30 %, on est content. On se fait déjà de la concurrence entre nous. C’est pour ça que les Leclerc, Carrefour… quand ils disent « au prix pharmacien », ils ont tout faux car on se fait déjà notre propre concurrence.

Les prix sont libres au niveau de la parapharmacie, si je veux vendre une boîte de parfum 100 euros par exemple j’ai le droit sauf que je la vends 30 euros parce que sinon personne me l’achètera.

 

N.T. : Parce que la pharmacie d’à côté …

C. : Elle sera à 30 euros. [rires] En fait, nous diminuons nos marges nous-mêmes. On regarde aussi les prix sur internet. Bien souvent je me suis rendue compte que les grandes surfaces avaient un produit phare qui était à un prix bas mais que tous les autres produits que j’ai étaient vendus plus chers.

 

N.T. : Ah oui ?

C. : Les gens croient que parce que c’est Carrefour ils vont payer moins cher. En réalité ils paient beaucoup plus cher. Et puis en plus il y a le phénomène ou tu es tenté d’acheter plus. Tu vois un truc dont tu n’as pas besoin mais tu trouves que c’est sympa, que la couleur est jolie donc tu le mets dans le caddie. Tu ressors avec tes courses plus…

 

N.T. : Ce que tu ne voulais pas acheter.

C. : Exactement.

 

N.T. : Comment tu imagines le métier de pharmacien dans 10 ans ?

C. : Je pense que ça va beaucoup changer. Il y aura de moins en moins de petites pharmacies de quartier. Elles seront toutes en train de fermer les unes après les autres. Le métier va évoluer dans le sens où on aura des missions différentes. Comme je te disais tout à l’heure la vaccination, l’orthopédie, les entretiens pharmaceutiques, les soins, le suivi des patients.

Côté commercial on est amené à disparaître petit à petit. On ne peut pas concurrencer internet. Enfin si, j’avais regardé pour faire un site mais je sens bien que mes patients ne sont pas près. Ou alors quand ils regardent sur internet, ils regardent de façon globale : ils ne vont pas regarder les produits de ma pharmacie.

J’ai trouvé un système intermédiaire ou je donne mon adresse mail à mes patients et ils vont chez le médecin, scannent l’ordonnance, nous l’envoient pas mail, ensuite je prépare l’ordonnance et quand ils arrivent à la pharmacie, ils me donnent la carte vitale et repartent avec leurs médicaments. En plus avec mon smartphone dès que j’ai un mail ça s’affiche instantanément.

 

N.T. : Ça te fait gagner du temps toi ?

C. : Non pour moi c’est identique. Par contre, le patient ça lui fait gagner du temps. Et on peut dialoguer aussi par mail, je peux lui demander ce qu’a écrit le médecin par exemple si j’ai du mal à lire. L’avantage du mail c’est que je peux répondre quand je veux. Dès que j’ai 5 min, je prépare l’ordonnance.

 

N.T. : Est ce qu’il existe un réseau de pharmacies ou un site internet qui référence l’ensemble des pharmacies d’une ville par exemple et permet de commander en ligne ses médicaments et d’aller les retirer dans la pharmacie la plus proche ?

C. : Je sais qu’il y a des sites qui référencent les pharmacies par géolocalisation mais c’est tout. Ce n’est pas encore assez développé. On reste des indépendants sauf pour les groupements d’achats qui permettent de négocier les meilleurs tarifs auprès des laboratoires et d’en faire bénéficier les membres.

 

N.T. : Tu parlais des laboratoires à l’instant : ont-ils les mêmes marges que toi ?

C. : Ils s’en tirent mieux que nous [rires]. Ils n’ont pas de marge dégressive lissée. Ils ont quand même des contraintes vis à vis de la sécurité sociale. Lorsqu’ils mettent un médicament sur le marché, le prix du médicament est négocié avec la Sécu. Ils ne peuvent pas le mettre à n’importe quel prix. C’est pour ça qu’en France bien souvent on a des prix de médicaments bien moins chers qu’à l’étranger car ils n’ont pas de Sécurité Sociale qui supervise les prix. Fabriquer un médicament ça coûte très cher car il y a toute la phase de développement et de recherche.

 

N.T. : Les tests cliniques aussi …

C. : Oui aussi bien en laboratoire qu’après sur des patients sains et malades. La fabrication au meilleur coût avec les meilleurs excipients. Toutes ces procédures sont très longues et coûteuses. C’est pour ça que les génériques sont moins chers que les princeps car toute l’étude a déjà été faite. Quand l’autre laboratoire vient faire sa copie, il prend le protocole et ne fait que la fabrication.

 

N.T. : Est ce que le métier de pharmacien à l’étranger est mieux ou moins bien ?

C. : Ce n’est pas le même. Ça dépend des pays. Il y a des endroits où c’est plus fonctionnalisé c’est à dire que les pharmaciens sont rémunérés par la pseudo sécu donc l’Etat. Il y en a d’autres où ce sont des drugstores et ils vendent de tout : des piles, de la nourriture [rires]. En Belgique les pharmaciens ne vivent que sur le médicament.

Le gouvernement voulait nous imposer la dispensation à l’unité des médicaments. C’est une aberration totale car dans une boîte, tu as la dose totale pour un traitement. Prenons le cas d’un traitement pour un antibiotique où on doit prendre 4 comprimés pendant 6 jours. Comme les boîtes ne comptent que 12 comprimés, si le médecin dit 7 jours de traitement, forcément ça ne tombe pas juste. C’est donc la faute du médecin pour qui une semaine peut être tout aussi bien 6, 7 voire 8 jours.

 

N.T. : Pourtant il m’arrive d’avoir des boîtes de médicaments non finies ?

C. : En principe c’est la faute du médecin ou du patient qui ne termine pas son traitement. Pour les médicaments en comprimés, tu as en principe dans une boîte le contenu d’un traitement.

 

N.T. : D’accord et on peut recycler les médicaments inutilisés ?

C. : A la pharmacie, nous collectons les médicaments. Régulièrement les gens viennent avec leurs médicaments inutilisés et ils nous les apportent. Nous avons Cyclamed qui est un système de recyclage des médicaments pour éviter de les jeter dans la nature, les poubelles et les toilettes parce que ça pollue les nappes phréatiques, les rivières, etc. Eux se chargent de recycler les médicaments mais en général ce n’est pas terrible car ils les incinèrent ce qui polluent aussi.

 

N.T. : Ils ne les revendent pas ?

C. : Non ils les détruisent. Autrefois, jusqu’il y a 10 ans, il y avait des associations comme l’Ordre de Malte qui étaient très sérieuses. Nous on séparait les médicaments périmés de ceux encore utilisables. Ceux qui étaient encore valides, on les donnait à cet organisme. L’Ordre de Malte les triait ensuite selon les dates de péremption et les envoyait. Aujourd’hui, l’Ordre de Malte n’a plus le droit de le faire.

 

N.T. : La raison ?

C. : Il suffit qu’il y ait une personne qui soit malhonnête pour que tout le monde soit sanctionné…

 

N.T. : Malhonnête ?

C. : Une personne qui les revende. Il y avait aussi des pharmaciens qui étaient malhonnêtes, qui récupéraient les boîtes et les remettaient en rayon. Imagines que tu me ramènes une boîte de Doliprane, tu n’y as pas touché, je n’ai pas le droit de la revendre puisque je l’ai déjà vendu une fois. Sinon c’est du vol. Après je pourrais les redonner… mais si je donne mes médicaments et que je ne les vends pas, où est ma marge ? [rires] Je ne peux pas savoir dans quelles conditions ont été conservés les médicaments, si tu n’as pas changé quelque chose dedans. Il y a une traçabilité sur les médicaments. La solution c’est que chacun finisse son traitement.

 

N.T. : Je voulais te demander aussi : aux Etats-Unis, certains Etats ont autorisé la vente de cannabis à usage médical. Quel est ton avis à ce sujet ?

Bien ! Bien, car il y a des douleurs dans les scléroses en plaque, les polynévrites qui pourraient être soulagées par le cannabis. Ce serait une très bonne utilisation du cannabis. Tu sais j’ai de la morphine ici. Pour moi, vendre de la morphine, c’est plus grave que vendre du cannabis. D’autant plus, que ca sera réglementé. Ils en parlent régulièrement mais ça n’avance pas. Peut-être qu’un jour ça viendra. Moi je suis pour, entièrement pour.

 

N.T. : Très bien Claudine, je te remercie pour toutes ces réponses.

 


A propos de l'auteur

Nicolas Taupin

Président du think tank Le Réveil de la France

1 Commentaire

Jean Michel

7 février 2016 à 10:42

Article intéressant. La vie des pharmaciens n’est peut être plus facile comme avant, mais celle des patients non plus
Quand il faut attendre entre 6 mois et un an pour avoir un rendez vous chez un ophtalmo ou un dermato ou même un cardiologue, il est compréhensible que le réflexe est d’aller voir sur Internet ou de chercher l’automédication, ou de tenter sa chance chez le pharmacien !
Quand il y a obligation d’aller perdre une demi journée chez un médecin, avec le coût d’une consultation, pour un simple mal de gorge ou un gros rhume, on aimerait que le pharmacien puisse délivrer un certains nombres de médicaments directement, surtout qu’en général ils ont une large compétence
Administrativement, le système français de plusieurs caisses de Sécu plus les centaines de mutuelles complémentaires, maintenant obligatoires, cela fait une usine à gaz qui coûte des milliards en gestion.
en Espagne la médecine publique est entièrement gratuite, consultations, et médicaments. Par contre il y a un dossier médical informatisé et consultable par tous les médecins. Zéro papier et contrôle des abus.
Ah si le simple bon sens pouvait gouverner !!!!

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